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La première richesse est la vie

Chaque être humain vaut plus que tout l’or du monde. Chacun a des richesses en soi. La première richesse est la vie : être vivant! Richesse commune à tous les hommes    quels qu’ils soient : avoir un corps, un cœur, un esprit : être vivant tout simplement !

En chaque personne, le sang a la même couleur, les larmes coulant de nos yeux sont toujours salées, nous sommes tous pétris de la même terre, tous habitants de la même planète, tous vivants, semblables. Pourtant, aucun être n’est semblable à un autre. Quelle richesse dans la diversité ! Que de dons différents !

Racisme, tu nous ronges

Dans la peur, tu nous plonges.

De méfiance tu te nourris,

Notre vie tu la pourris

Pourquoi tant de haine ?

La violence se déchaîne.

Assez ! Il faut en finir

Et bâtir l’avenir.

Respect, reprends ton droit,,

Pour chacun, deviens la loi.

Confiance dans le regard,

C’est la paix sans retard

Différents mais égaux

Quoi de plus beau ?

Dans la diversité

Vivre la fraternité.

Grandir en Humanité

Choisir l’Amitié,

Voilà notre honneur

Et source de bonheur

(Auxiliatrice de la Charité)

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VIVRE EN CITE A VITRY

Nos fondateurs nous ont laissé deux paroles fortes :

En Saint Paul : « L’AMOUR DU CHRIST NOUS PRESSE « 

Du P. ANIZAN : « SOYEZ DE FEU POUR DIEU « 

Notre Congrégation est insérée à Vitry depuis 1967 et dans la cité actuelle depuis 1983.  Nous sommes une communauté de 4 sœurs.

Je suis arrivée en 2002

Avant de venir à Vitry, j’étais dans une  petite  ville  du  Nord  de  la  France   -  Beuvrages  –  près  de Valenciennes, où tout le monde se connaissait,  J’habitais une cité pavillonnaire, « style corons améliorés HLM ». A mon arrivée ici, je découvre une tour de 16 étages,  8 logements par étage, environ 650 personnes… Mes questions : comment entrer en contact, comment arriver à connaître les personnes ?

« Pars !... quitte ton pays !... va vers le pays que je te montrerai !... »

Dans la vie religieuse il nous est souvent donné de l’entendre cette parole. Eh bien, depuis ce 22 Août 2002 c’est chaque jour que je suis invitée à la vivre.

Dès que je sors de chez moi, dans l’ascenseur, je rencontre des voisins marocains, algériens, tunisiens, français, capverdiens, français d’Outre Mer, portugais, espagnols, africains de l’Ouest et d’ailleurs, polonais, mauriciens, et tant d’autres !

La tour que nous habitons,  comme beaucoup d’autres cités, est une fenêtre ouverte sur le monde. Chaque visage me renvoie au Pays qu’il représente et à ce qui se vit dans ce pays. Lorsque j’écoute les informations, chaque pays dont on parle me renvoie à ces visages rencontrés tout au long de la journée. Quand je regarde autour de moi, dans cette tour, c’est une famille humaine qui m’est offerte et il me faut regarder chacun  comme un frère à comprendre et à aimer. « J’ai  vu  la  misère  de  mon  peuple !... j’ai entendu son cri… Va je t’envoie !... »… Pars ! et notre fondateur disait : « j’ai pitié de ces foules sans pasteur ». Ce sont des paroles qui résonnent toujours très fort en moi.

Dans cette cité, la  pauvreté revêt plusieurs formes : manque d’argent, manque de travail, expulsion, jeunes désœuvrés, incivilités de toutes sortes -  (dégradation des ascenseurs, des boîtes aux lettres, des peintures etc…. sac poubelles sur les paliers et sur les pelouses – et tout cela appelle des réactions de la part des autres locataires). Certains ont le souci de remédier à ces inconvénients, d’autres critiquent.

Dans nos écrits de congrégation nous lisons : « Nous  croyons  en la possibilité pour les plus pauvres d’agir entre eux et par eux, il nous faut donc réinvestir sans cesse dans le développement humain, culturel et spirituel. »

Qu’essayons-nous de vivre dans cette cité et que voyons-nous vivre par les gens ?

Nous essayons de vivre la proximité ; nous essayons de créer des liens : eux avec nous mais aussi entre eux. Des moyens nous sont donnés : la fête des voisins qui réunit tous les ans, depuis 2004 environ une centaine de personne ; chez nous, nous réunissons quelques voisins pour la galette des rois. Chacun vient avec quelque chose à partager. Et nous sommes heureux de nous retrouver. Il y a aussi les partages au moment des fêtes Chrétiennes ou musulmanes. C’est le côté convivial qui permet un vivre ensemble meilleur.

Quelquefois, on a la chance de glaner quelques réflexions faites par les gens à propos de ce que nous vivons au milieu d’eux…. par temps de brouillard, ces  réflexions peuvent être une petite lumière, qui nous aide à continuer. Je cite :

« Par vous, nous faisons une ouverture sur les autres »…« Vous favorisez un élargissement de notre regard » « Cà nous provoque à parler à ceux rencontrés avec vous »

« Vous avez le souci de ce qui se passe dans l’immeuble, çà réveille un peu notre responsabilité. »

« Avec les jeunes en club il y a de la vie. Elles s’ouvrent à la vie de la cité et elles font quelque chose pour que çà bouge ! »

« On souffre du regard des autres… beaucoup pensent que, quand on habite une cité, on n’est pas fréquentable. »

Nous avons vécu aussi

Avec la participation de quelques voisins, la remise en route  de l’Amicale des locataires, une lutte de huit mois pour une voisine et son fils de 15 ans expulsés de leur logement.

Cette dernière situation m’a permis de découvrir des gens  soucieux  des autres,  des voisins attentifs à ceux qui sont en souffrance et qui vivent à côté d’eux, des gens qui ont ouvert  la  porte  de leur pavillon  pour  accueillir  cette maman  et  son fils elle acceptait de temps en temps, mais ne voulant pas gêner ils ont passé une partie de l’hiver dans la voiture.

Il y a des moments où l’on se demande ce que l’on fait dans cette cité. Je me suis moi-même fait cette réflexion, un jour où j’ai reçu un sac en plastique sur la figure ! « qu’est-ce que je fais là dedans, j’en ai marre…  et  quelques  pas  plus  loin  je  rencontre  un  voisin qui me dit qu’il était expulsé et assigné au tribunal. J’accepte de l’aider à monter son dossier et d’aller avec lui au tribunal…et je me suis dit : « maintenant, j’ai compris pourquoi je suis là … et tellement heureuse d’y être. Nous, si nous sommes là, c’est par choix missionnaire et je crois que c’est cela qui m’aide à vivre le moins bon… mais les gens eux, y sont, par contrainte. Alors on mesure, combien c’est important de s’en sortir ensemble

Il y a des réunions de comité de quartier organisées par la Mairie et nous essayons d’y participer régulièrement. Sans dire aux voisins il faut venir, nous avons le souci de leur communiquer ce qui s’est dit, et certains y viennent. C’est important de ne pas faire de notre cité un petit ilôt coupé du reste de la ville, c’est important qu’on entende  la parole de ceux qui y vivent, la voix des sans voix !

Lorsque le comité de quartier est venu visiter la cité, les jeunes de l’ACE(Action Catholique de l’Enfance) avaient écrit et monté une petite pièce de théâtre « elle sera belle ma cité » Tout le monde a été étonné par le dynamisme de ces enfants. Ils avaient fait aussi une campagne d’affiches sur la propreté dans la cité. La Mairie et le Conseil Général nous ont demandé l’autorisation de diffuser la pièce de théâtre et les affiches,  et les HLM m’ont proposé une subvention pour les dépenses engagées par les affiches.

L’an dernier avec l’ACE et grâce à une subvention de l’OPHLM pour l’amélioration du cadre de vie nous avons fait des plantations de fleurs dans la cité. Certains ont un peu grogné… « à quoi çà sert des fleurs, c’est les chiens qui vont les arroser ! » d’autres ont été plus astucieux ils se sont relayés pour arroser pendant l’été.

Nous vivons aussi des temps forts avec les voisins.

L’an dernier, une amie algérienne de notre étage est décédée et avec une amie tunisienne nous avons fait une collecte dans la tour. Sur l’ensemble : 126 logements… trois personnes ont refusé et deux portes sont restées fermées. Nous n’avons eu que des paroles de compréhension, d’amitié, de compassion. Quand on sait les difficultés de tant de personnes de cette cité, et qu’on se retrouve avec 650€ on a vraiment envie de rendre grâce au Seigneur pour tout ce qu’il permet de vie dans cet immeuble.

Un matin dans l’ascenseur, une voisine musulmane  nous dit : « vous allez à la prière ? alors priez pour moi, c’est l’Aïd aujourd’hui. » En rentrant nous avons mis dans le hall  une affiche : « à tous nos amis musulmans  « Aïd Mabrouk » Certains ont compris d’où çà venait et ont dit merci… d’autres ont mis des petits mots sur l’affiche.

Un autre voisin musulman, nous dit sa joie d’avoir reçu la carte du Père Santier, notre évêque, pour l’Aïd… « je l’ai affichée dans ma salle à manger, là où nous prions. » En parlant de ce voisin je voudrais rajouter quelque chose : il a eu pendant quelques temps, besoin de l’aide du Secours populaire. Quand il a pu se remettre debout, il est venu servir les autres et il continue encore aujourd’hui à y assurer une ou deux matinées de présence.

C’est avec ces petits riens, repris dans notre prière personnelle et communautaire, que nous tissons notre quotidien et notre vivre ensemble dans une cité qui n’est pas sans difficultés.

De temps en temps il faut oser faire un pas de plus. Depuis quelques années nous faisons une fois par mois « prière ouverte » ouverte aux voisins de la tour et aux amis de Vitry.  Une autre audace... inviter à prendre sa place, permettre de grandir : une maman a fait la formation de responsable en ACE et depuis septembre, elle accompagne un club ; une autre a accepté d’accompagner une catéchumène ; une troisième accepte d’aider les accompagnateurs de catéchumènes capverdiens,  pour traduire, et enfin une autre fait partie d’un groupe de partage révision de vie « Parole et Vie »

Plus les années passent, plus nous mesurons la chance que nous avons d’habiter cette banlieue « aux langues multiples, à la fois Babel et universel, » où se côtoient joies et souffrances,  à la fois chemins de croix et résurrections ! et j’ai envie de terminer par cette  prière 

 « Viens Seigneur

Viens habiter ma banlieue

Et si tu veux

Tu guideras mon cœur

Pour raconter d’autres couleurs,

Me prendre par la main,

Visiter cette terre

Et accueillir notre prière à nous,

Gens des banlieues. »

Je rajouterai bien quelque chose : lorsque nous sommes appelés à « quitter », lorsque nous entendons « pars » « quitte ton pays » oublions nos craintes et nos sécurités… et laissons-nous envahir par la confiance… IL NOUS PRECEDE !

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Comment la vie religieuse participe-elle à l'humanisation aujourd'hui ?

12 Octobre 2008

(Présence aux quartiers défavorisés)

Un grand merci à nos sœurs de Saint Thierry d'oser aborder un tel sujet! C'est un défi à relever et c'est le bel enjeu de nos partages dans la rencontre de cet après midi.

Comment notre communauté d'Auxiliatrices de la Charité participe-elle à l'humanisation aujourd'hui dans les quartiers défavorisés?

Qui sommes nous pour en dire un petit quelque chose? D'abord une conviction: Chacune, chacun présent ici a un trésor à apporter. Accueillez donc ces quelques réflexions comme "des petites notes de musique" d'une partition bien difficile à déchiffrer tous ensemble. Vos propres expériences feront écho très certainement.

Pour faire bref, voici en deux grands traits, ce qui porte notre mission et marque notre façon d'entendre cette question de l'humanisation.

Thérèse d'Avila s'exclamant "Le monde est en feu ce n'est pas l'heure de traiter avec Dieu d'affaires de peu d'importance". Quelle parole d'actualité!

Jean Emile Anizan, notre fondateur, nous l'ayant donnée comme patronne, s'exclamant en écho: "J'ai le mal de Dieu et le mal du Peuple".

Mais au fait c'est quoi "l'humanisation dans les quartiers défavorisés"? Auraient-elles une "place à part", ces "zones urbaines sensibles" qu'on stigmatise trop souvent pour propager une peur stérile? Que peut- il s'y passer de bon? Humaniser, c'est déjà d'emblée refuser cette étiquette. Non pas pour fuir la réalité mais au contraire pour aller vraiment à la rencontre des hommes , des femmes , des jeunes et des enfants qui y vivent tels qu'ils sont et peuvent devenir.

Je préfère dire c'est quoi l'humanisation dans" les quartiers populaires", submergés certes par la violence, l'accroissement de la pauvreté, mais n' oublions pas qu'ils sont aussi, souvent des "quartiers phares" révélateurs de grandes richesses humaines et de talents cachés que le Maître de la Moisson sollicite en leur accordant son amour préférentiel.

Quand on parle d'humanisation il faut dire où on a les pieds. Aussi je vous propose une promenade en Seine Saint Denis: métro ligne7, arrêt Fort d'Aubervilliers Des milliers de voyageurs venus de tous pays quittent le matin ou rejoignent le soir ce quartier cosmopolite au croisement d'Aubervilliers, de Bobigny, La Courneuve, Pantin, Drancy. C'est une zone en pleine expansion urbaine où les chantiers sont nombreux avec des rénovations de logements dans le cadre de la rénovation urbaine, la poursuite des travaux à l'Université Paris 13 Nord et la construction du grand "Campus des Métiers" qui s'apprête à accueillir des milliers de jeunes dans des filières diverses professionnelles et technologiques .Le bus 234 vous déposera au pied de notre immeuble habité par une majorité de familles Algériennes ou Africaines.

Tout près de chez nous notre église de "Tous les Saints". Dans ce" quartier du Pont de Pierre" elle vous accueille avec son grand panneau "Tout homme est ton frère": Chrétiens en majorité Antillais, Africains, quelques familles Portugaises, Polonaises et Asiatiques. Communauté petite mais bien vivante, courageuse, chaleureuse. Notre évêque a confié à une équipe Pastorale, formée de laïcs, un prêtre modérateur et moi même religieuse la conduite pastorale de cette grande ville de Bobigny, capitale départementale.

Nous vivons dans un quartier "à taille humaine". Il y a des espaces verts…mais les drames humains sont là. De la fenêtre de ma chambre je vois tous les matins des personnes faire les poubelles. Derrière nos portes, qu'on ne peut ouvrir qu'avec un code, de nombreuses familles dont l'histoire est douloureuse, dure et belle tout à la fois Il y a quelque temps, du haut de cette tour, une femme s'est suicidée et les voisins malgré leur proximité n'ont rien vu venir. Que dire de ces jeunes qui risquent de vous renverser dangereusement avec leurs motos. Elles font des courses folles de vitesse pétaradant leurs performances désespérées. Là bas dans cette école, des parents se mobilisent pour contester une fermeture de classe. Comment des mamans pourront elles aller faire des ménages aux quatre coins de l'Ile de France si elles n'ont pas la possibilité de confier leurs enfants dans un lieu où ils pourront grandir en sécurité?

Thérèse, Babeth, Marie Thérèse et moi même vivons au cœur de tout cela au jour le jour, partageant une vie de travail et des engagements divers dans le cadre de la ville et au plan pastoral.

Tôt le matin Marie Thé rejoint la grande zone industrielle de Roissy pour travailler comme "commercial" dans une entreprise import/ export pour le développement de l'exploitation du coton en Afrique: exploitation bien compromise en ce moment dans le contexte de la mondialisation et de la crise financière.

Babeth, infirmière prend son poste  à la salle des pansements à l'hôpital Avicenne en lutte pour son devenir.

Thérèse participe à l'alphabétisation des femmes à la maison de quartier.

Quant à moi de formation assistante sociale et retraitée depuis peu, j'ai rejoint les actions et les recherches de l'association des "Femmes Solidaires" ayant comme objectif la défense des droits des femmes et  principalement la lutte contre les violences faites aux femmes. Sachez qu'une femme sur dix souffre de violences conjugales, qu'une femme meurt tous les trois jours de ces violences. En Seine Saint Denis, depuis Janvier, cinq d'entre elles ont été assassinées pour ces mêmes raisons. Nous reviendrons sur le sens que nous donnons à ce partage au jour le jour.

Tout près de chez nous un collège. Il y a plusieurs mois un jeune n'acceptant pas son renvoi a agressé gravement son directeur et un prof. A son retour de travail; une de mes sœurs, prise à partie par ces jeunes cagoulés (encore enfants) va être jetée par terre au point de finir aux urgences de l'hôpital. A saint Denis, une autre de mes sœurs se retrouvera inanimée dans la rue pour des raisons presque similaires .Oui, cette violence est une des réalités de nos quartiers défavorisés. Il faut en prendre acte, la porter en quelque sorte, "dans sa propre chair", mais ce n'est pas toute la réalité. Continuons notre visite.

Vous pourrez dire bonjour à Karim si nous avons la chance de le rencontrer ! Doté d'une volonté farouche il a décidé de consacrer sa vie à la danse. Ecoutez le: "Bobigny ce sont mes racines. Je sais d'où je viens. Pourtant je sais que je partirai car je veux faire ma vie. Faire de la danse" pour un rebeu" c'est loin d'être évident. Il n'y a pas que des voyous ici contrairement à ce que pensent certains." Karim vient de rejoindre une école prestigieuse et rêve de monter sur scène tous les jours. Il fut l'un des premiers bénéficiaires du contrat de Réussite solidaire que la municipalité a soutenu .J'ai vu souvent ce jeune enfant dans le bus quand j'allais au travail à Bondy. La qualité relationnelle entre lui et sa mère et ses frères et sœurs m'a plus d'une fois émue et portée dans la prière. Il faut aussi vous présenter Etienne qui a décroché son agrégation d'Anglais et France Lise engagée dans l'ACE et inscrite à l'université toute proche. L'humanisation implique de croiser " un territoire", "des histoires", "des évènements", "du temps" et "des rencontres".

Ces petits exemples pour souligner ceci: C'est en vivant avec les personnes qu'on peut ensemble sortir des clichés qui empêchent de grandir, traverser la violence sans devenir à son tour violent, écarter la peur qui paralyse et entrer dans la confiance de relations vraies. "On s'humanise ensemble" et par son mode de vie ,la vie religieuse apostolique peut contribuer à cette humanisation dans le risque du "donner et du recevoir". Elle n'est pas un modèle de référence parce qu'elle serait au plus près de la vie des gens, mais parce que le sens que nous donnons à cette présence, peut aussi "engendrer la vie" et lui donner goût. Elle est heureuse de proposer à tous "un voyage" celui du goût de vivre ensemble dans la recherche de la justice et de la paix. Des laïcs qui sont touchés par notre manière de vivre et notre spiritualité prennent force et joie pour s'engager là où ils vivent et c'est une belle espérance, pas seulement pour l'avenir de l'Eglise, mais pour ce tissage de valeurs humaines.

Cet avenir n'est rien d'autre que l'audace à vivre les Béatitudes au cœur de la vie. Qui permettra à ces familles Africaines qui campent dans le froid tout près de chez nous d'accéder à un logement souvent promis et jamais attribué?

Quels chemins emprunter pour que la justice et la bonté se croisent, se tissent et s'embrassent pour permettre à chacune, à chacun de grandir en humanité?

A notre dernier chapitre nous avons exprimé ensemble des axes prioritaires justement sur cet aspect de l'humanisation. Je cite: "Nous sommes invités à nous investir dans l'humanité qui nous entoure, à être acteurs d'un autre monde possible où l'homme, tout homme, et tous les hommes soient au centre. Nous sommes appelés à permettre une humanisation de la vie. Le sujet de notre prochaine retraite est:" L'humanité du Christ. Les vœux comme facteur d'humanisation."

Comme le disait un prêtre à nos sœurs du Honduras…parfois affectées de se sentir tellement petites devant l'immensité des besoins et des appels, "Il s'agit pour vous non pas de faire des choses extraordinaires, mais "de faire simplement le bruit que le Seigneur vous demande dans cette humanité souffrante". Humaniser c'est être simplement là et devenir humblement avec celles et ceux les plus violentés par la vie des Tisserandes du Royaume de Dieu.

A Bobigny voilà concrètement comment se traduit la réponse à cet appel.

Vivre ensemble dans une prière continue l'accent de la spiritualité Carmélitaine qui porte notre projet missionnaire c'est à dire être passionnées du monde et de Dieu dans un même élan et à tous instants. Annoncer aux plus petits, souvent exclus, que l'Amour de Dieu est pour eux. Notre devise: "La Charité du Christ nous presse" est au cœur de nos engagements. C'est Dieu qui humanise et restaure la dignité des visages et des vies défigurées. Je repense souvent au texte du serviteur souffrant annonçant la folie aimante du Christ:" Il n'avait rien pour attirer le regard". Notre fondateur; Jean Emile Anizan voulait que nous nous laissions habitées par ces deux passions pour parler du monde à Dieu et parler de Dieu au monde.

C'est ce que fait Babeth quand elle travaille comme infirmière à l'hôpital et redonne dignité aux malades à la salle de pansements. Ce n'est pas rien de porter un regard d'amour en découvrant des cafards dans un plâtre qu'on ouvre. Ce n'est pas rien de prendre des engagements syndicaux pour défendre le service public et protéger l'accès aux soins pour tous.

C'est ce que fait Marité dans son entreprise confrontée aux licenciements à la veille de prendre sa retraite après 44 ans de vie professionnelle qui a comporté tant de coup durs, de reconversions et de formation pour demeurer sur le marché du travail.

C'est ce que fait Thérèse dans la maison de quartier avec les" Femmes Relais" pour permettre à des femmes d'être alphabétisées. Quelle joie quand l'une d'elle s'écrie après de multiples efforts: "Tu sais j'ai pu aller voir le médecin toute seule" ou bien "J'ai pu lire le bulletin scolaire de mon enfant qui pourra mieux alors me respecter".

C'est aussi ce que je tente de faire en rejoignant l'association des "Femmes Solidaires" afin de porter avec d'autres les différents combats collectifs pour défendre les droits des femmes ici et dans le monde. Par exemple notre lutte contre l'excision ici en banlieue et en pays Afar d'Ethiopie.

Ce ne sont que quelques flashs de notre vie de tous les jours dans les quartiers populaires. Nous pourrons nous  en dire davantage dans notre échange à quatre voix.

.S'humaniser ensemble c'est retrouver dans le quotidien sa dignité, l'Espérance et le goût de croire et de lutter. C'est peut être simplement réapprendre à se dire "Bonjour","S'il te plaît", "Merci", "Pardon". "Viens chez moi"," Je suis heureux de te voir".

Accepter l'aventure du vivre ensemble en devenant des acteurs et actrices de ces transformations. La vie religieuse peut apporter un élan de vie. Elle peut permettre  aussi aux laïcs de mesurer l'enjeu de vivre dans des quartiers même difficiles et d'y trouver du goût, parce que l'expérience spirituelle qu'elle transmet engendre force et créativité.

 Nous sommes appelées ensemble dans un "donner-recevoir" à une même conversion pour vivre la folie des Béatitudes. Devenir ensemble les Bienheureux de Dieu qui, dans la simplicité du cœur, osent des actes prophétiques afin que "vivre ensemble" devienne une randonnée confiante vers une solidarité effective. C'est prendre le risque de faire de nos fragilités, non plus un fardeau mais une dimension essentielle de notre existence. Vendredi prochain nous serons nombreux sur la place du Palais Royal à Paris au "Cercle du Silence": élan solidaire s'exprimant tous les troisièmes vendredi du mois dans certaines villes de France pour soutenir "les sans droits" parce que "sans papiers". Ce grand silence restitue une dignité; il humanise l'itinérance dangereuse et les naufrages de milliers d'émigrés fuyant leurs propres terres abandonnées par nos choix économiques indignes au plan international.

Nous avons à la fois une vie cachée (et qui parfois ne paraît pas lisible) et une vie publique à la façon dont Jésus lui-même a partagé la vie des hommes. Pèlerins d'Emmaüs, Il nous rejoint, transfigure par sa présence ce qui paraît insupportable, nous rend notre propre humanité dans l'extraordinaire rencontre de la fraction du pain: repas partagé pour une fraternité réelle. L'humanisation c'est l'impossible devenant tout à coup possible à cause de l'intensité d'une relation vraie nous renvoyant à notre réalité ,et d'une communication profonde qui met l'homme, tout l'homme , tous les hommes debout; tendus vers Dieu qui peut seul nous donner la vie ,le mouvement et l'être. En révision de vie nous Le contemplons ensemble.

"Ce que nous avons vu et entendu, ce que nous avons touché du Verbe de vie nous l'annonçons." Quelle joie de vivre ensemble cette expérience!

La feuille de route de ce chemin c'est d'aimer sans mesure car c'est l' Amour qui aura le dernier mot.

Mes sœurs m'ont transmis des verbes qui sont pour elles, "les clés de cette humanisation" possible dans les quartiers de nos villes de banlieue. Je vous les partage: Aimer- Ecouter- Créer des liens - Regarder objectivement -Redonner de la valeur aux personnes, de la confiance – Avoir un regard positif - Vivre des Béatitudes et les découvrir chez les plus petits.  Je vous laisse donc avec ce beau trousseau de clés. Sous le regard de Dieu elles nous  permettront de découvrir avec joie, dans le concret du jour le jour, les trésors de Charité cachés au milieu des plus défavorisés comme autant de perles précieuses révélant le "déjà là" du Royaume de Dieu.

Marie France Deniau

Communauté de Bobigny

Auxiliatrices de la Charité

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Depuis le Honduras : Carolina, Carla, Oscar, Lilian :

- « Mon travail dans l’Eglise voilà ce qui donne sens à ma vie, cela touche tout mon être, toute ma vie tourne autour de cela ; il y a une unité dans ma vie. Cela me fait sentir que cela vaut la peine de vivre, il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup à recevoir et donner. »

- « Mon travail dans l’Eglise, ma famille…faire ce que Dieu veut me rend heureuse, me fait sentir utile à Lui et à mon peuple. »

- « …Voir les besoins de tous me donne la volonté de bouger. Dieu est premier dans ma vie. »

Un 31 décembre j’ai pensé que j’avais tout perdu. J’avais perdu mon travail, un lieu où je me réalisais. J’étais désespérée, alors j’ai questionné Dieu avec insistance, lui demandant : « Seigneur qu’ai-je perdu ? » Puis j’ai regardé le visage de mon mari, de mes enfants et j’ai découvert alors que la force la plus grande, le trésor le plus grand c’est l’Amour…S’engager au service des autres donne un sens… »

(du Honduras)

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« Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez »...Quand les disciples reviennent ils racontent la mission vécue et Toi tu dis « Merci Père…». Nous revenons ensemble de cette mission pour te dire ce que nous avons vu : Angélique qui grandit et qui le dit : « Les sacrements ont changé ma vie. Je ne peux plus vivre comme avant. Aujourd’hui j’arrive à prendre ma place. Aujourd’hui je lui fais totalement confiance. Ma prière est passée de « Donne-moi » à « Si tu veux ! Merci » Je crois qu’il sait ce qui est bon pour moi et ce n’est pas forcément ce que je lui demande…peut-être plus tard et par un autre chemin… »

En revenant de cette mission, comme tes disciples nous sommes remplies de joie pour le travail de ton Esprit dans le cœur de ceux qui Te cherchent. Merci Père .

Haut de Page - (de France)

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« Cela fait déjà une paire d’années que nous connaissons les AC. Au début, ce fut un peu bizarre, personne ne comprenait bien leur mission, et même nous trouvions étrange le travail et la manière d’être de ces sœurs ! Peu à peu nous avons appris à connaître la communauté et à comprendre leur travail…A entrer en relation avec la JOC…A partir de là nous en sommes venus à faire un cheminement et à grandir….Il y a eu beaucoup d’espaces de prière que nous faisons et partageons avec les AC…Nous apprenons à contempler Dieu, à nous retrouver en Lui, à l’écouter, à nous rencontrer avec nous-mêmes. Nous avons eu l’occasion de nous arrêter, de nous éloigner de l’agitation et tourbillon de la société, de réfléchir sur notre vie… »

(du Portugal)

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(c) Auxiliatrices de la Charité 2007
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